Trouble du jeu vidéo : et si on parlait plutôt de ses bienfaits ?

S'il existe désormais officiellement un "trouble" du jeu vidéo, selon l’OMS, la pratique vidéoludique est avant tout une source de bienfaits pour les joueurs. Et voici pourquoi.

Il y en a eu plein d'autres, mais on se souvient tous des critiques absurdes proférées par Nagui et Laure Manaudou à l'égard des jeux-vidéo sur France Inter. L'eau a beau avoir coulé sous les ponts depuis, force est de constater que ce média est encore aujourd'hui pour beaucoup, le mouton noir de la culture. Et ce n'est pas la récente décision controversée de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) d'entériner l'existence d'un "trouble du jeu vidéo", (et encore moins le test « do I play too much video games »  qui va avec), qui va redorer le blason de la discipline auprès du grand public.

Il fallait s'y attendre, quelques heures après cette officialisation, les médias traditionnels, qui d'habitude ne parlent quasiment jamais de jeux vidéos, se sont emparés de la question de cette fameuse addiction. On a ainsi vu se succéder sur les plateaux télé, sur les radios et dans la presse écrite, une myriade de psychologues venus tenter d'analyser cette vilaine maladie et d'y trouver remède. Il fallait bien ça pour rassurer la pléthore de parents désemparés d'apprendre que leurs enfants étaient potentiellement malades.

« Il aurait fallu concerter les professionnels du secteur et les associations qui luttent pour faire reconnaître le jeu vidéo comme une activité culturelle "normale". »

Qu'on se le dise : le jeu vidéo, au même titre que toutes autres activités ludiques procurant du plaisir, peut effectivement chez une minorité de joueurs, devenir une addiction quand il est joué de manière abusive. Il n'est donc ici pas question de remettre en cause le verdict de l'OMS.

Ce qui pêche dans ce dernier, c'est que la décision a été prise sans consultation des professionnels du secteur et des associations. Eux qui luttent chaque jour pour faire reconnaître le jeu vidéo comme une activité culturelle "normale". Pour bien faire, L'OMS aurait dû mettre dans le même panier toutes les pratiques potentiellement abusives, plutôt que de stigmatiser encore un peu plus le média. Jeux vidéo, télévision, lecture, échecs, musique, sport, et même sexe, tout est sujet à l'addiction, sans aucune exception. 

 

J'en conviens, il est tentant d'attiser la peur et d'accuser le jeu vidéo de tous les maux, mais le problème de l'addiction ne viendrait-il pas d'ailleurs ? De l'éducation des parents par exemple ? Ceux-là même qui laissent leurs enfants passer cinq à six heures par jour devant un écran. Cogitum cogitum...

« "L'addiction aux jeu vidéos est une conséquence, pas une cause. Le média en tant que tel regorge de vertus insoupçonnées". (Antoine Chollet, enseignant chercheur à l'Université de Montpellier) »

N'oublions pas non plus que le jeu vidéo, s'il est avant tout un outil de divertissement, peut être pour certains individus, une échappatoire dans le cas d'un mal-être plus ou moins profond. Harcèlement, vie sentimentale difficile, situation professionnelle tumultueuse et dépression entraine des addictions, c’est vieux comme le monde ; vieux comme le Minitel. 

Entend-on les médias généralistes soulever les véritables problèmes ? Pas vraiment. Et comme le très justement Antoine Chollet, enseignant chercheur à l'Université de Montpellier : "l'addiction aux jeu vidéos est une conséquence, pas une cause. Le média en tant que tel regorge de vertus insoupçonnées".

Le dixième art

D'emblée, une question se pose : à quoi bon prendre la peine d'écrire un plaidoyer à la gloire du JV alors que nous savons pertinemment que nous prêchons des convaincus ? Simplement car il est de notre devoir à tous en tant que joueurs passionnés, de diffuser et de défendre les valeurs de cet art noble qu'est le jeu vidéo. 

Car oui, tout comme les six arts classiques nommés par Hegel (l'architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la danse et la poésie), puis les trois autres des temps modernes que sont le cinéma, la télévision / photographie et la bande dessinée, le jeu vidéo aussi est un art. Le dixième art. Après tout, quel autre support multimédia propose un tel niveau d'évasion, d'interactivité et d'immersion ? Scénarios captivants, personnages attachants, gameplay innovant, graphismes éblouissants... Le jeu vidéo, peut offrir tout ça et bien plus encore. 

« Qui n'a jamais versé une larme en terminant une aventure vidéoludique ? »

A leur manière, tous les joueurs ont vécu des expériences grandioses grâce aux jeux vidéo. Des moments profondément marquants qui resteront à jamais gravés en eux. Celui qui s'est perdu ne serait-ce qu'un instant dans les immenses terres d'Hyrule de Zelda Breath of the Wild, s'est émerveillé face aux somptueux paysages de Shadow of The Colossus ou encore a pris part à des scénarios saisissants comme celui de Life Is Strange comprendra et frissonnera. Et puis : qui n'a jamais versé une larme en terminant une aventure vidéoludique ? 

Aussi, le jeu vidéo nous permet carrément de remonter le temps et de nous plonger de manière interactive dans notre histoire. Civilisation, Europa Universalis, même Red Dead Redemption et j'en passe. On pense aussi à la série des Assassin's Creed, dont le volet Unity, pourrait carrément aider à la reconstruction de Notre-Dame de Paris. 

Egalement les jeux de guerre, dont on entend trop souvent dire par des ignares qu'ils rendent violents, prennent parfois la forme de véritables leçons de vie. Il n'y a qu'à constater le réalisme dérangeant du tout juste annoncé Call of Duty : Modern Warfare, qui promet de nous faire revivre de manière saisissante l'horreur de la guerre. D'autres titres comme Soldat Inconnus: Mémoires de la Grande Guerre jouent plutôt sur la carte de l'émotion pour nous rappeler de ne pas reproduire les erreurs du passé. "Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre", disait Winston Churchill. 

Au-delà de ça, les possibilités du jeu vidéo sont infinies et nous permettent d'être qui l'on souhaite le temps d'un moment. Et ça, c'est beau. Pourtant, en 2019, les clichés sur les gamers ont encore la vie dure.

Envers et contre tous les clichés

On entend souvent dans la bouche des détracteurs du jeu vidéo, un tas d'idées reçues toutes plus absurdes les unes que les autres. Le gamer est un marginal. Un "no life" comme il se fait appeler parfois. Un reclus de la société qui se réfugie dans un monde virtuel pour combler son manque de sociabilité. Ah clichés, merveilleux clichés ! 

Il suffit pourtant de s'écarter un tant soit peu de ces présupposés pour se rendre compte que le jeu vidéo est tout sauf un outil d'exclusion. Il est par essence communautaire. Que ce soit IRL dans des événements dédiées, ou par écrans interposés in game ou via Discord, les joueurs échangent, jouent ensemble, progressent ensemble et pour la plupart se rencontrent. Sans parler des soirées jeux vidéos entre potes. Si ça cela ne s'appelle pas de créer du lien social...

Si les vertus socialisantes du jeu vidéo ne sont plus à prouver, il permet aussi de stimuler l'imagination et la créativité, en plus d'acquérir certaines compétences managériales et cognitives. C'est ce qu'a montré Antoine Chollet, en axant sa thèse sur cet aspect. Il affirme que "dans les jeux en ligne massivement multijoueurs, les joueurs en guildes mènent des stratégies collectives qui entraînent des prises de décisions. Celles-ci sont très importantes en terme d'acquisition de compétences managériales et de développement personnel".

Des bienfaits qui ne se limitent pas aux MMORPG : "chaque jeu apporte à sa manière des connaissances, des compétences, un savoir-faire et des facultés émotionnelles. Il inocule des valeurs, par exemple d'amour, d’amitié ou de sacrifices. Des valeurs humaines qui stimulent le savoir-être, le leadership et la confiance en soi. Par exemple, des études ont montré que des joueurs de Minecraft avaiant une créativité bien plus développée que d'autres".

Sans oublier que certains joueurs vont même jusqu'à faire du jeu vidéo leur métier. A l'heure ou la législation sur l'esport est de plus en plus encadrée, de plus en plus se professionnalisent et gagnent leur vie grâce à leur passion. Côté public aussi, soyez sûrs que la compétition procure chez certains, des émotions aussi fortes qu'une coupe du monde de football. 

Sachant tout ça, il ne vous reste plus qu'à retourner sur votre console et vous déconnecter de tous ceux qui en disent du mal. Et ne leur en déplaise, la plus belle des victoires serait qu'un jour, le jeu vidéo obtienne ses lettres de noblesse en devenant discipline olympique. 

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