Sekiro : la communauté se déchire autour de l'absence d'un mode facile

Jouer doit-il être une souffrance ? Le titre de Hidetaka Miyazaki décourage beaucoup de joueurs, partagés entre vision élitiste ou inclusive du jeu vidéo.

C’est le débat qui occupe la communauté du jeu vidéo depuis plusieurs jours maintenant. Sekiro: Shadows Die Twice est tellement difficile qu’il a scindé les joueurs en deux camps : ceux qui sont partisans d’une ouverture à tous les profils de gamers, et ceux qui souhaitent que l’on respecte scrupuleusement la vision du studio, quitte à être élitistes.

Ce jeu sorti le 22 mars, c’est la nouvelle production de FromSoftware, le studio célèbre pour la série Dark Souls, déjà réputée pour sa difficulté punitive. Et c’est un gros carton : son éditeur (Activision) vient d’annoncer en avoir vendu deux millions d'exemplaires en moins de deux semaines. Ce succès n’est pas forcément surprenant compte tenu de la réputation du studio et de la qualité du jeu, mais de nombreux acheteurs sont visiblement vite découragés par la difficulté extrême de Sekiro: Shadows Die Twice.

Et certains n’ont pas honte de dire qu’ils trouvent le jeu pas assez inclusif. Tout commence le 2 avril. Ce jour-là, le site Kotaku publie un article intitulé « Un mode facile n’a jamais gâché un jeu. » Ce titre fait évidemment référence à Sekiro: Shadows Die Twice, justement critiqué par de nombreux joueurs pour l’impossibilité de baisser la difficulté, contrairement à l’immense majorité des jeux.

Quelques jours plus tard, le site PC Gamer publie à son tour un article où un journaliste se vante d’avoir triché pour battre le boss final du jeu (génie). Son titre déclenche évidemment un torrent de réactions indignées de la part de hardcore gamers, qui considèrent cet acte comme une véritable provocation. Parmi eux, un twittos très sérieux publie une réponse moralisatrice et grandiloquente qui est immédiatement détournée et qui devient un mème hilarant. Même Sega le reprend et l’applique à Sonic.

Mais au-delà de ces plaisanteries, Sekiro montre surtout que les joueurs sont très divisés sur ce que ça doit être un jeu vidéo. Pour certains, c’est une œuvre d’art qui est à prendre ou à laisser au même titre qu’un film ou qu’un livre : on ne doit pas discuter la vision des développeurs, ni leur demander d’édulcorer leurs jeux pour plaire au plus grand nombre.

Et effectivement, FromSoftware est connu pour créer des titres qui font souffrir les joueurs, c’est sa marque de fabrique, et chacun est libre d’y adhérer ou pas. Sauf que le jeu vidéo a comme spécificité et énorme avantage d’être interactif, c’est-à-dire qu’il peut s’adapter à plusieurs publics, contrairement aux œuvres qui sont fixes, comme une peinture par exemple.

Offrir des options plus faciles aux joueurs casual n’enlève rien aux joueurs hardcore, qui peuvent toujours faire l’expérience du jeu dans les conditions d’origine prévues par les développeurs. Pour les défenseurs de l’accessibilité, un jeu vidéo ne doit pas exclure des gens qui souhaiteraient profiter de son histoire ou de ses décors pour des considérations de niveau de jeu.

Après tout, chacun a de bonnes raisons de jouer à un jeu, et si le défi et l’apprentissage par l’échec n’intéressent pas quelqu’un, qui sommes-nous pour le juger ? Un mode facile permet justement au plus large public possible de découvrir un jeu sans se prendre la tête des heures sur un boss, ce que tout le monde n’a pas forcément envie ou le temps de faire.

La vision élitiste du jeu vidéo voudrait au contraire que l’accès au jeu vidéo demeure un entre-soi restreint, ce qui est un vieux réflexe pour légitimer cette pratique culturelle encore souvent décriée. Il y a deux ans, le journaliste Dean Takahashi était devenu la risée des réseaux sociaux après s’être filmé en train d’échouer lamentablement à compléter le tutoriel de Cuphead, un jeu célèbre pour sa difficulté.

Cette opinion est aussi une réaction à la croyance (certes compréhensible) selon laquelle la grande majorité des jeux sont plus faciles aujourd’hui qu’il y a 30 ans. En réalité, ils sont surtout plus divers, et chacun devrait pouvoir trouver son compte selon ses envies. Dans un monde idéal, les fans de jeux hardcore comme Celeste ou Super Meat Boy pourraient cohabiter pacifiquement avec les fans de l’enfantin Kirby. Ce serait moins fatiguant, mais aussi moins drôle.

A lire aussi

  • Qui sommes-nous ?

    Pour en savoir plus sur GG
    Voir la page
  • Contact

    Envoyez-nous vos idées, vos projets, vos remarques et vos meilleurs moves. GG vous répondra ;)
    Contactez-nous