Portrait : Tim Sweeney, le milliardaire patron d’Epic Games qui défie Steam

Bien avant la sortie de Fortnite, le créateur de l’Unreal Engine était déjà l’une des personnalités les plus influentes du jeu vidéo. Aujourd’hui, il est aussi la plus riche.

Sa fortune est estimée à plus de 7 milliards de dollars selon Bloomberg, ce qui en fait la 197ème personnalité la plus riche du monde. Et dans le secteur du jeu vidéo, il devance largement tous ses concurrents, dont Gabe Newell (Valve) et Kim Jungju (Nexon). Bien sûr l’explosion du phénomène Fortnite en 2018 a fait pleuvoir les milliards sur sa boîte, Epic Games. Mais Tim Sweeney n’a pas attendu que son battle royale cartonne pour être un nom qui compte dans le jeu vidéo.

Alors qu’il est en train de s’attaquer au monopole de Steam vieux de plus de 15 ans, et aux commissions prélevées par Apple et Google sur les jeux mobiles, portrait d’un geek qui connaît aussi bien la programmation que le business.

Né en 1970, Tim Sweeney apprend le business à 15 ans. Il travaille dans une quincaillerie, mais gagne un salaire fixe ridicule quoi qu’il fasse. Il décide alors de tondre les pelouses des voisins pour moins cher que les entreprises spécialisées, et multiplie son salaire horaire par cinq. Tim est un matheux, un nerd avec peu d’amis. Par contre, il ne joue pas vraiment aux jeux vidéo, et cela ne changera jamais vraiment, puisqu’il avoue volontiers n’avoir terminé que Doom et Portal, et n’avoir jamais joué à Zelda ou à Final Fantasy.

Ce qui l’intéresse, c’est de bricoler le code informatique. Il apprend donc à programmer tout seul sur de vieux ordinateurs IBM et Apple. Entre 11 et 15 ans, il estime ainsi avoir passé 10 000 heures à apprendre la programmation. À 20 ans seulement, il développe son premier titre, ZZT, un jeu d’aventure en mode texte et sans graphismes. Il montre le jeu à ses camarades d’école, et le succès qu’il rencontre l’incite à le vendre.

En 1991, Sweeney fonde le studio Epic MegaGames à seulement 21 ans. À l’époque, il gère évidemment la société depuis la maison de ses parents. Il vend ZZT par correspondance, et il l'écoule à plusieurs milliers d’exemplaires avec l’aide de son père.

Pour son titre suivant, le jeu de plateforme Jill of the Jungle, Sweeney réalise qu’il doit s’entourer d’autres talents pour développer le jeu. C’est une de ses qualités : il sait flairer les perles rares. La première est Mark Rein, un ancien d’id Software qui est encore aujourd’hui vice-président d’Epic Games. Sweeney poste des petites annonces sur le web naissant, et il récupère James Schmalz avec son studio Digital Extremes, qui bossera notamment sur le carton Epic Pinball et sur les premiers jeux de la série Unreal. Mais Sweeney tombe surtout sur un certain Cliff Bleszinski, qui crée pour Epic un jeu de plateforme devenu culte aujourd’hui, Jazz Jackrabbit.

À la sortie des FPS Wolfenstein 3D, Doom puis Quake par id Software, Tim Sweeney prend une véritable claque avec l’arrivée de la 3D dans le jeu vidéo et pourrait être rapidement dépassé. Il décide alors de créer avec James Schmalz un moteur graphique révolutionnaire qui concurrencera le Quake Engine. Ce moteur, c’est l’Unreal Engine, et il voit le jour en 1998 en même temps que le FPS qui porte son nom et qui est sa vitrine : Unreal. À sa sortie, la presse trouve le jeu tellement beau qu’une capture d’écran d’Unreal se retrouve en couverture du magazine de référence Next Generation. Une première retentissante à l’époque.

Mais le coup de génie de Tim Sweeney, c’est de mettre l’Unreal Engine à disposition sous licence pour que les développeurs d’autres studios puissent l’utiliser pour leurs propres jeux. En contrepartie, Epic Games prélève ensuite une commission importante sur les ventes réalisées. Grâce à sa simplicité, l’Unreal Engine devient incroyablement populaire et est utilisé pour des tonnes de blockbusters du jeu vidéo depuis 20 ans. La fortune de Tim est faite.

Dans les années 2000, Bleszinski offre à Sweeney Gears of War, une licence qui deviendra le nouveau carton d’Epic Games, et la nouvelle vitrine technologique du moteur Unreal Engine 3. Mais lorsque Bleszinski quitte la société en 2012 après le troisième opus, Gears of War passe chez Microsoft, et Epic traverse une période difficile. Le MOBA Paragon patine et est finalement annulé en avril 2018, le prochain opus d’Unreal Tournament se fait attendre. À sa sortie en 2017, Fortnite ne fait pas non plus rêver. Mais quand le jeu se dote d’un mode battle royale emprunté à PUBG, Epic et Sweeney se retrouvent avec un phénomène qui rapporte des milliards à la société, grâce aux microtransactions.

Désormais, Tim Sweeney est occupé par l’Epic Games Store, la boutique en ligne qui veut détrôner Steam sur le marché des jeux PC dématérialisés, en offrant aux développeurs une rémunération beaucoup plus avantageuse que la plateforme de Valve. Sweeney veut aussi se démarquer de Steam en filtrant davantage le contenu polémique des jeux proposés par les développeurs. Autant dire qu’à l’aube de la cinquantaine, Tim Sweeney ne programme peut-être plus beaucoup, mais il n’a rien perdu de son sens des affaires.

Aujourd’hui, le patron d’Epic Games se fait aussi connaître pour son engagement écologique. Ce grand fan de randonnée utilise une partie de sa fortune pour racheter d’immenses terrains aux Etats-Unis, dans le but de protéger la faune et la flore qui s’y trouvent. Un choix de vie radicalement opposé à son ancienne passion pour les voitures de sport, toutes revendues aujourd’hui. Ne vous y trompez pas : si Tim Sweeney est un redoutable businessman, il sait aussi entretenir son image. Milliardaire oui, mais pas frimeur.

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