Portrait de Randy Pitchford, le créateur de Borderlands

Réputé pour sa grande gueule et ses chemises à motifs, le patron du studio Gearbox est l’une des personnalités les plus reconnaissables de l’industrie du jeu vidéo. Une réputation construite à coups de succès, mais aussi de quelques échecs et polémiques.

Ces dernières années, on l’avait un peu oublié. Mais depuis qu’il est monté sur la scène de la PAX East pour annoncer Borderlands 3, Randy Pitchford, le cofondateur et PDG du studio Gearbox Software, s’est rappelé au bon souvenir des joueurs. Mais comme sa carrière l’a montré, il n’est pas toujours resté dans les mémoires pour de bonnes raisons.

Contrairement à beaucoup d’enfants de son âge dans les années 1970, Randy Pitchford grandit dans une famille qui encourage sa passion pour les jeux vidéo. Son père est un nerd qui travaille dans les nouvelles technologies de l’époque et qui construit à Randy son propre PC alors qu’il n’a que 7 ans. Le jeune Pitchford est rapidement capable de comprendre le langage BASIC et commence à écrire ses propres jeux basés sur du texte à un peu plus de 10 ans.

Mais l’autre passion de cet enfant, c’est la magie. Randy Pitchford est en effet le petit-neveu du prestidigitateur britannique Richard Valentine Pitchford, plus connu sous le nom de Cardini. Randy ne l’a jamais vraiment connu, mais cet héritage le pousse à s’intéresser à cet art. En grandissant, il s’inscrit aussi à la fac de UCLA en droit, où il rencontre sa femme actuelle, Kristi. Cette dernière est clairvoyante : elle voit bien que Pitchford n’est pas fait pour le droit et l’encourage à suivre sa vraie passion. Le divertissement, c’est ce qui l’a toujours intéressé. Randy exerce donc comme magicien professionnel à Hollywood sous le nom de scène DuvalMagic, pour payer ses études. Et il devient même membre du très réputé Magic Castle de Los Angeles.

À la fin de ses études, Pitchford veut assouvir son autre passion et commence à chercher du boulot dans la programmation de jeux vidéo. Il atterrit chez 3D Realms, qui vient de cartonner avec la sortie de Wolfenstein 3D, le pionnier du FPS. Et comme beaucoup de monde à l’époque, il prend une claque avec ce jeu. Au sein du studio, il va travailler sur un autre FPS mythique des années 1990, Duke Nukem 3D, mais aussi le moins connu Shadow Warrior.

Dès 1997, Pitchford a la bougeotte et quitte 3D Realms avec plusieurs collègues développeurs et programmeurs, avec qui il fonde Gearbox Software début 1999. Il en est le premier patron, un poste qu’il a toujours occupé jusqu’à aujourd’hui. À ses débuts, Gearbox se fait connaître pour les deux extensions du chef-d’œuvre Half-Life, l’excellent Opposing Force et le très moyen Blue Shift, mais aussi pour le portage du jeu d’origine sur PS2. Ces réussites permettent au studio de développer plusieurs blockbusters sortis en 2002 : Tony Hawk's Pro Skater 3 et 007: Nightfire.

Après avoir adapté en 2003 un autre chef-d’œuvre (Halo) sur PC cette fois, Gearbox va exploser avec une première série originale de FPS, Brother in Arms. Les jeux se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale et vont faire la réputation du studio pendant la deuxième moitié des années 2000. Mais le meilleur est à venir pour Randy Pitchford et ses équipes.

Les années 2010 seront celles de la consécration pour le patron de Gearbox, mais aussi celles des controverses. La bonne nouvelle, c’est que la franchise Borderlands lancée fin 2009 est un carton, et offre un digne successeur à Brother in Arms pour le studio. Le titre se démarque par son mélange de RPG et de FPS, et surtout un style graphique et une atmosphère qui décapent et qui tranchent avec la concurrence de l’époque. Borderlands 2 enfonce le clou en 2012, et The Pre-Sequel! est bien accueilli aussi en 2014.

Mais tout n’est pas rose pour le studio de Pitchford. En 2008, ce dernier annonce travailler sur un titre « énorme » et révèlera deux ans plus tard qu’il s’agit de Duke Nukem Forever, le vaporware ultime attendu depuis presque quinze ans mais auquel plus personne ne croit. Le jeu sort finalement en 2011, et il se fait légitimement démonter pour ce qu’il est : une belle bouse bien datée dans quasiment tous les domaines. Mais il y a plus grave.

Fidèle à l’esprit du personnage et de la série, le jeu est évidemment une perle de sexisme assumé, avec son personnage volontairement bourré de testostérone et de stéréotypes machistes. Sauf que le monde a (heureusement) un peu changé entre 1991 et 2011, mais cela a visiblement échappé à Randy Pitchford et à l’équipe de développement, qui multiplient les scandales entre le mode multijoueur « Capture the Babe » où l’on frappe une femme, une vision humoristique du viol par des extraterrestres dans un niveau, ou même un « wall boobs » à faire bouger.

Mais pour Randy, il n’y a pas de mauvaise publicité, puisqu’au moment de la sortie de Duke Nukem Forever, il tente de surfer sur les critiques pour faire parler du jeu. Un événement de promo presse est organisé dans un strip club, et il a assez d’aplomb pour encourager les organisations féministes à prendre Duke comme exemple pour leurs combats. Il qualifie bien sûr le titre de « satirique » et affirme que le « comportement du personnage est hédoniste, pas misogyne. »

Et le pire est à venir pour Gearbox. En 2013 sort Aliens: Colonial Marines, l’un des jeux les plus controversés des dernières années. Des joueurs attaquent Sega (l’éditeur du jeu) et Gearbox pour publicité mensongère. Il reprochent aux deux sociétés d’avoir utilisé des images censées représenter la version finale du jeu, alors que ce n’était pas le cas. En réalité, le jeu est moche, et il se fait détruire par la critique. Sega doit sortir un million de dollars pour régler le procès à l’amiable, mais Gearbox refuse et finit par être relaxé en 2015 suite à l’abandon des charges par les plaignants.

Mais cette histoire est absolument désastreuse pour l’image de Pitchford et du studio, qui laissent aussi quelques plumes dans l’histoire. Le PDG révèle qu’il a perdu 10 millions de dollars avec les ventes catastrophiques du titre, la version Wii U est annulée par Sega, et le studio choisi par Gearbox pour codévelopper le jeu (TimeGate Studios) fait même faillite après la sortie. Ce dernier avait été appelé pour palier aux manques de Gearbox, accusé par Sega d’utiliser les ressources dédiées au développement sur d’autres jeux. Bref, tout cet épisode est un chaos sans nom.

Et les ennuis ne sont pas terminés. En 2014, Gearbox annonce qu’il travaille sur Battleborn, son premier jeu original depuis Borderlands, un hero shooter très comparable au Overwatch de Blizzard. Pour Randy Pitchford, c’est « le jeu vidéo le plus ambitieux que Gearbox a jamais créé » grâce à son mélange des genres. Il pense alors que l’expérience réussie de Borderlands lui donne un avantage sur ce genre de FPS très particulier.

Mais Battleborn fait un bide retentissant à sa sortie en mai 2016. La faute à Overwatch, face auquel le jeu de Gearbox fait pâle figure. Les critiques sont mitigées et les joueurs fuient les serveurs. Le prix du jeu baisse, mais rien n’y fait, il devient finalement gratuit un an plus tard, en juin 2017. Et quelques mois après, le décès est prononcé, le jeu ne recevra plus de mises à jour après l’automne 2017.

Malgré quelques remasterisations réussies (Homeworld, Bulletstorm, Duke Nukem 3D), tous les fans n’attendent alors qu’une chose : l’annonce de Borderlands 3. La délivrance vient le 28 mars dernier, avec l’annonce de la sortie du jeu en septembre. Rapidement, malgré la hype qui entoure le titre, les controverses reprennent de plus belle. Quand les joueurs apprennent que Borderlands 3 sera une exclu Epic Games Store pendant six mois, beaucoup s’estiment trahis après le succès des deux premiers épisodes sur Steam, et se lancent dans une campagne de review bombing. Pitchford répond alors aux critiques avec un air menaçant, et la polémique ne dégonfle pas.

Et ces derniers jours, il s’est de nouveau retrouvé sous le feu des critiques, pour des propos peu clairs sur les microtransactions qu’il y aurait dans le jeu, un autre sujet hautement inflammable au sein de la communité des joueurs depuis quelques années.

Mais en début d’année, Randy s’est retrouvé au cœur d’une affaire bien plus grave. Wade Callender, un ancien avocat de Gearbox et ami de Pitchford, a accusé ce dernier d’avoir détourné douze millions de dollars de la société pour son profit personnel, mais aussi de l’avoir harcelé et discriminé pour sa religion. Et ce n'est pas fini.

Selon le plaignant, Randy Pitchford a également oublié en 2014 une clé USB dans un restaurant, clé contenant des informations sensibles sur Gearbox, mais surtout de la pédopornographie. Pitchford a démenti toutes les accusations, en précisant que son porno est « tout juste légal. » De quoi rassurer Gearbox, qui soutient son patron dans le procès en cours. Randy a tout de même détaillé dans un podcast le contenu de cette fameuse vidéo, et il n’est pas avare en détails gênants.

Pour ne rien arranger, l'ancien vice-président de Gearbox David Eddings est venu en rajouter une couche sur Twitter avec des tweets à moitié cryptiques :

Randy a contre-attaqué, puisque Wade Callender avait visiblement été aussi poursuivi par Gearbox pour avoir emprunté de l’argent à la boîte sans autorisation, et sans rembourser non plus. Il aurait aussi abusé de la carte bancaire de la société pour des dépenses personnelles importantes, que Gearbox se fait un plaisir de lister. Bref, Randy Pitchford a beau se rapprocher de la cinquantaine, il semble mettre un point d’honneur à ce qu’on ne s’ennuie jamais avec lui. Et il est très doué pour ça.

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