Officiel : l’addiction aux jeux vidéo est désormais considérée comme une maladie

Selon l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), le « trouble du jeu vidéo » est bien une maladie, au même titre que la dépression ou que la phobie sociale. Une décision critiquée par l’industrie du jeu vidéo.

Cette fois, c’est officiel et très sérieux, les jeux vidéo vont figurer dans la « Classification internationale des maladies » (CIM-11) déterminée par l’OMS. La onzième version de ce document qui prévoit cet ajout entrera en application le 1er janvier 2022, et la décision a été prise à l’unanimité par les 194 Etats membres de l’organisation. Selon l’OMS, voici à quoi sert cette liste :

« Elle constitue la norme internationale de notification des maladies et des problèmes sanitaires. Elle est utilisée par les médecins du monde entier pour diagnostiquer des affections, et par les chercheurs pour classer des maladies par catégories. L’inclusion d’un trouble dans la CIM est une considération dont les pays tiennent compte lorsqu’ils planifient leurs stratégies de santé publique et surveillent les tendances relatives aux troubles. »

Mais alors qu’est-ce que « le trouble du jeu vidéo » considéré désormais comme une maladie ? En réalité, ce terme bancal sert surtout à qualifier un comportement addictif. Voici ce que dit le site officiel de l’OMS à ce sujet :

« Le trouble du jeu vidéo est défini (…) comme un comportement lié à la pratique des jeux vidéo ou des jeux numériques, qui se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes, et par la poursuite ou la pratique croissante du jeu en dépit de répercussions dommageables. »

« Pour que ce trouble soit diagnostiqué en tant que tel, le comportement doit être d’une sévérité suffisante pour entraîner une altération non négligeable des activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles ou d’autres domaines importants du fonctionnement, et en principe, se manifester clairement sur une période d’au moins 12 mois. »

En réalité, cette décision était dans les cartons depuis l'an dernier, puisque l’OMS avait déjà commencé à reconnaître cette nouvelle maladie, mais ce n’était pas encore officiel jusqu’à maintenant et au vote qui a eu lieu.

Bien évidemment, les gros éditeurs de jeux vidéo regroupés au sein de l’ESA (Entertainment Software Association) aux Etats-Unis n’apprécient guère de voir que l’abus de leur gagne-pain est désormais considéré comme une maladie. Ils avaient donc réagi dès le mois de janvier 2018 :

« L’Organisation mondiale de la Santé sait que le bon sens et des recherches objectives prouvent que les jeux vidéo ne sont pas addictifs. Coller cette étiquette officielle sur eux banalise imprudemment de vrais problèmes de santé mentale comme la dépression et la phobie sociale, qui méritent des traitements et toute l’attention de la communauté médicale. »

Malgré ce lobbying qui visait à ne pas mettre les jeux vidéo au même niveau que des addictions comme l’alcoolisme ou la toxicomanie, l’industrie du jeu vidéo n’a donc pas réussi à faire changer d’avis l’OMS. Cette dernière a tranché après avoir consulté des experts dans différents domaines. Et encore une fois, la réaction des éditeurs n’a pas tardé. Ils ont publié un communiqué critiquant ouvertement la décision de l’OMS :

« Le "trouble du jeu vidéo" n’est pas fondé sur des preuves assez solides pour justifier sa présence dans l’une des listes les plus suivies de l’OMS. La décision de l’OMS fait l’objet d’un débat important entre médecins et professionnels de santé. Nous sommes inquiets de voir que l’OMS a pris cette décision sans le consensus de la communauté universitaire. La décision d’aujourd’hui pourrait avoir des conséquences profondes, indésirables, et au détriment de ceux qui ont vraiment besoin d’aide. »

Il est vrai que la reconnaissance officielle de ce trouble est loin de faire l’unanimité dans la communauté médicale, puisqu’elle a notamment été publiquement remise en cause par l’Association américaine de psychiatrie. Certains professionnels de ces questions ont déclaré à Polygon que ce choix était « précipité » et constituait un « diagnostic foireux. » L’un d’entre eux a même ajouté que cette décision avait été prise sous la pression des Etats membres asiatiques, qui sont en guerre contre l’addiction aux jeux vidéo. Une influence politique évidemment rejetée par l’OMS.

Attention quand même, l’OMS ne dit pas que tous les joueurs sont dépendants, puisque son site précise que ce trouble touche une minorité des gamers :

« Des études montrent que le trouble du jeu vidéo ne touche qu’une petite partie des personnes qui utilisent des jeux numériques ou des jeux vidéo. Néanmoins, tout joueur doit être attentif au temps passé sur les jeux, en particulier si ses activités quotidiennes en pâtissent, ainsi qu’à tout changement physique ou psychologique, sur le plan social et celui de sa santé, qui pourrait être attribué à un comportement de jeu. »

En conclusion, si on peut dire que les autres sont touchés, mais pas nous, alors tout va bien.

Crédit photo une : South Park, épisode Make Love, Not Warcraft

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