La Ouya est officiellement morte : retour sur un des plus gros bides de l'histoire des consoles

Le propriétaire de la console (Razer) vient d’annoncer que la Ouya disparaîtra pour de bon le 25 juin prochain. Récit de sept années de lente agonie pour une console passée du statut de grand espoir à celui d’échec industriel raillé à la seule évocation de son nom.

La Ouya est née en 2012, et on a l’impression que c’était hier, mais aussi il y a une éternité. Car même si cette console a été vendue pendant à peine deux ans, elle est restée dans les mémoires pour son échec retentissant, à défaut de marquer positivement l’histoire du jeu vidéo.

À l’époque, l'idée est soumise sur le site de crowdfunding Kickstarter. C’est l’explosion du financement participatif, et des projets un peu fous voire carrément délirants sont alors financés en atteignant des montants astronomiques, et la Ouya en fait partie. Mais le souci, c’est que quasiment personne ne voit alors le problème.

La campagne de crowdfunding de la Ouya est lancée au début de l’été 2012, et en un mois, le projet récolte presque neuf fois l’objectif de financement (950 000 dollars), soit la somme incroyable de plus de 8 500 000 dollars. C’est évidemment un record dans le domaine du jeu vidéo pour l’époque, et ce total fait toujours partie du top 10 du site, sept ans après.

Qu’est-ce qui pousse alors 63 416 personnes à y croire et à mettre la main au portefeuille ? Bien sûr, quand on relit la page de la campagne Kickstarter aujourd’hui, on se dit rétrospectivement que tout ça sentait très mauvais. Mais la Ouya avait quelques arguments forts. D’abord, son prix de 99 dollars (129 euros chez nous) détonne dans un milieu où la moindre console de salon coûte au moins deux à trois fois plus cher. Certes, la Ouya tourne sous Android et ne dispose que d’une puissance modeste, mais l’accessibilité de son prix pèse lourd dans la balance.

Et il y a surtout une autre promesse : la Ouya ne fera tourner que des titres gratuits, avec seulement des achats possibles dans le jeu. Aujourd’hui, ce modèle free-to-play est souvent décrié, mais à l’époque, la Ouya prétend s’inspirer de Team Fortress 2 ou League of Legends, et ça marche. Mais ce n’est pas tout. La console promet d’être ouverte et facilement accessible aux hackers. En résumé, c’est un peu le rêve de l’indépendance réalisé face aux géants du jeu vidéo. Les fans d’émulation peuvent s’en donner à cœur joie sur la console, de même que les développeurs du dimanche.

Sauf que quand la presse et les premiers acheteurs se retrouvent finalement avec la console et la manette entre les mains en mars 2013, c’est la déception. Le design et l’ergonomie sont catastrophiques : il y a du lag entre la manette et la console, des boutons restent coincés quand on appuie dessus, un stick analogique s’accroche dans le revêtement de la manette… Et pour imaginer le rendu graphique, il faut visualiser des jeux faits pour l’écran d’un téléphone sous Android, et qui se retrouvent sur la télé de votre salon. Bref, c’est un désastre.

La version mise en vente en juin 2013 corrige quelques défauts et est moins catastrophique, mais le mal est fait, et la courbe de popularité de la Ouya redescend aussi vite qu’elle est montée. Pour ne rien arranger, les « grands jeux de grands développeurs » promis par la Ouya n’arriveront jamais. On ne retient que le partenariat avec la légende du jeu indé TowerFall, qui sera une exclu Ouya pendant six mois, et sera d’ailleurs l’un des jeux « les plus vendus » de la console (on ne donne pas les chiffres par respect).

Pour le reste, les titres sortis sur la Ouya existent quasiment toujours ailleurs en mieux, et c’est un défaut rédhibitoire pour toute machine. Pour pallier à ce manque, Ouya lance même une opération « Free the Games Fund » qui doit inciter les développeurs à créer des exclusivités pour la console grâce au crowdfunding des joueurs. Très maladroit.

Et rien n’y fait, très rapidement après sa sortie, la Ouya est en grande difficulté à cause de ventes très décevantes. Et malgré l’aide d’investisseurs qui injectent quelques millions en plus, la console est vendue dès l’été 2015 au célèbre fabricant de périphériques Razer. Mais la production est immédiatement stoppée après seulement deux ans d’agonie. Après avoir assuré pendant plusieurs années le support logiciel de la console (pour combien d’utilisateurs ?), Razer a donc décidé de débrancher une machine dont plus personne ne savait qu’elle respirait encore.

Le 25 juin prochain, les comptes des utilisateurs seront donc désactivés, ce qui rendra certains jeux inutilisables. Et ce qu’il y a de plus triste, c’est que personne ne regrettera la Ouya. Il n’y a aucune chance de voir sortir un jour une réédition mini de cette console. En revanche, la Ouya a été vendue à tellement peu d’exemplaires qu’elle deviendra peut-être collector sur le marché de l’occasion un jour. On peut toujours rêver.

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