En France, le jeu vidéo ne représenterait que 3000 à 5000 emplois

Selon un groupe d’étude universitaire, le secteur du jeu vidéo est un milieu précaire qui compte peu d’emplois et qui attire beaucoup de jeunes diplômés, mais qui essore rapidement ses salariés.

Le cliché selon lequel l’industrie du jeu vidéo est un secteur en pleine expansion et qui embauche en masse n’est peut-être pas tout à fait vrai, si l’on en croit… Tetris. Ce n’est pas une blague, et ça ne fait surtout pas rire le SNJV (Syndicat national du jeu vidéo).

Tetris, pour Territoires et trajectoires professionnelles dans l’industrie du jeu vidéo, c’est le nom d’un groupe de recherche en sciences sociales créé en 2016 par le laboratoire de sciences du jeu de l’université Paris-XIII. Pendant trois ans, il a mené quarante entretiens avec des professionnels du jeu vidéo en France et à Montréal et récolté les réponses à un questionnaire envoyé aux écoles spécialisées. Il vient de publier ses premiers résultats il y a quelques jours, dont voici les principaux enseignements.

Un secteur qui emploie peu de personnes

Selon Hovig Ter Minassian, maître de conférences à Tours et coprésentateur du projet, cité par Le Monde, « il s’agit d’un secteur qui compte très peu d’emplois. Entre 3 000 et 5 000 emplois en France, un chiffre qui reste stable entre 2012 et 2017. » Une estimation contestée par le SNJV, qui « évoque des effectifs désormais supérieurs à 6 000 personnes, en hausse de plus de 20 % par an depuis 2015. » Dans tous les cas, ces chiffres sont très faibles par rapport à d’autres industries culturelles. À titre de comparaison, le secteur du cinéma et de l’audiovisuel regroupe 340 000 emplois en France selon une infographie publiée il y a deux ans par le CNC.

Des jobs souvent précaires

Même si le SNJV met en avant « 85 % de CDI, aucune autre industrie créative ne fait mieux, » la réalité est loin d’être rose. Selon l’étude, les étudiants se précipitent en masse sur ce secteur saturé, ce qui pousse les jeunes diplômés à accepter des emplois avec de mauvaises conditions de travail. Récemment, plusieurs gros studios de développement ont été pointés du doigt pour la façon dont ils épuisent leurs salariés avec le crunch, cette pratique qui consiste à travailler parfois jusqu’à 100 heures par semaine pour finir un jeu à temps.

Un manque flagrant de diversité

Autre souci du secteur : sa trop grande homogénéité sociale. Il y a seulement 15% de femmes dans les métiers de la production, et les enfants d’ouvriers sont bien moins présents dans les écoles spécialisées que ceux issus des classes supérieures. Et les seniors sont aussi très peu présents dans cette industrie. Selon le jeune STJV (Syndicat des travailleurs du jeu vidéo), plus des trois quarts des salariés du jeu vidéo ont moins de 40 ans. Si on peut vite relier ce chiffre au point précédent et à l’épuisement des jeunes salariés qui finissent par abandonner le jeu vidéo pour préserver leur vie familiale (ce que dit l’étude), le SNJV s’oppose à ce raisonnement. Il souligne plutôt que cette industrie est encore jeune, en affirmant que « certains ne veulent pas faire carrière dans le jeu vidéo et c’est leur droit, mais c’est faux de dire qu’on n’y fait pas de vieux os. Les profils seniors sont très recherchés. »

Paris n’est pas la capitale du jeu vidéo

Selon l’étude Tetris, 65% des sondés affirment qu’ils pourraient travailler aux Etats-Unis et au Canada. Mais dans les faits, ce sont surtout les régions françaises qui emploient le plus de personnes dans ce secteur, puisque 66% des studios français sont installés dans de grandes villes de province (Lyon, Montpellier, Lille, Bordeaux…) selon le SNJV. Paris n’est donc pas un passage obligé pour trouver un emploi dans ce secteur.

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